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LE BLOG DE PIERMA

Mon univers porte en lui tous les possibles,de mes rêves les plus fous jusques à mes banales réalités.

Christian Oster, écrivain...

Publié le 23 Septembre 2011 par pierma

Rouler

 

 

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Jean n'a pas de visage, pas de passé. Pour connaître son prénom que personne ne prononce jamais, il faut être attentif au texte, étale et paisible. Tout glisse, tout passe, tout fuit, dans ce nouveau roman de Christian Oster (auteur d'Une femme de ménage et de Trois Hommes seuls), rompu aux rencontres incongrues et aux errances hiératiques. La fluidité de son style et la nonchalance de son récit donnent l'agréable sensation de prolonger l'été, d'agrandir la parenthèse des possibles. Jean conjugue le verbe du titre avec une obstination discrète. Il roule, blotti dans sa voiture comme une huître dans sa coquille, fuyant Paris pour Marseille, au petit bonheur la chance.

La beauté de cette calme cavale vient de la disponibilité du fuyard. L'objet du départ de Jean est confus, mais l'état de son esprit, très clair : saisir, dans toute sa brutale magie, la grâce du présent, si mou et décevant puisse-t-il paraître. Sur les vitres de l'habitacle, capitonné par la buée, des trouées de clarté laissent entrevoir l'horizon. Christian Oster a l'art de jouer sur les deux focales, maintenant son personnage dans un flottement aveugle, tout en lui offrant des échappées de confiance vers l'infini. Quelle trajectoire donner à sa vie, quel choix effectuer devant les embranchements multiples ? Jean ne tranche pas, il se laisse porter par le hasard, partagé entre la réalité des rencontres et l'imaginaire des pensées. Qu'il entre chez une marchande de linge de maison, et réclame une couverture, il se ravise aussitôt intérieurement, regrettant le duvet qu'il aurait dû demander. Son esprit d'es­calier donne au roman une allure de maison contemporaine, labyrinthique et ultra zen, où l'on méditerait sur ses regrets pour en faire des projets. Demain est un autre jour, on fera mieux la prochaine fois, en attendant, profitons de la beauté suspendue des compromis.

Aux femmes parachutées dans son périple, il n'offre que dérobades et embuscades, accroché à l'idée que là où il y a de la solitude, il y a de l'espoir. Chaque rencontre vrille sur elle-même, ne laissant pas l'échange se construire. Voisins de cham­bres d'hôtel, auto-stoppeurs, vieilles connaissances réanimées pour les besoins d'un logis et d'un couvert, les êtres croisés ont l'air de particules régies par une même loi magnétique, mais tremblantes d'effroi.

Cette peur de l'autre, masquée par la politesse et le rêve d'absolu, donne une nervosité souterraine à ce livre trompeur comme un lac qui dort. Fleuve, rivière, piscine, boisson commandée au bistrot : l'eau est d'ailleurs omniprésente, élément miroitant et régénérant. Elle clapote et ouvre des abysses, entre les obstacles rocailleux de l'environnement. Avec ce livre rempli d'échos et de réverbérations, de craquements et de soupirs retenus, Christian Oster poursuit en finesse sa quête du vide, ce trop-plein quotidien.

 

 

                           Marine Landrot

 

Christian Oster

 

 

 

Commenter cet article

Bé@ 11/10/2011 12:58



La quête du vide, Diantre ! C'est tout un programme !!!


Je ne sais pas si ton bouquin me donne vraiment envie. Je préfère vivre. En tout cas, ton commentaire est très lyrique.


Bises


Béa